De Daniel Snicket à Lemony Handler

24 octobre 2013

Critique : "When did you see her last ?"

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Ce que je vais dire là risque de paraître sacrilège à certains, mais certaines enclumes méritent d’être lâchées. La triste vérité est là : les Désastreuses Aventures, pour Handler, n’étaient qu’un entraînement. Un laboratoire expérimental, pour être plus juste, mais un coup d’essai tout de même. L’écriture témoignait d’une grande maîtrise dans ce premier tome, mais ici, on est définitivement passé au raffinement.

L’intrigue qui nous est présentée ici est encore plus complexe que celle du tome qui la précède, plus tarabiscotée, même, que celle du Pénultième péril, et pourtant à aucun moment le récit ne souffre de la moindre longueur. La moindre pause de réflexion s’accompagne de révélations capitales, et les haletantes scènes d’action ne sauraient être lues à la va-vite sous peine, comme les personnages qui y participent, d’y manquer de troublants indices. Le récit s’envole en un tourbillon de trahisons, de rebondissements et de coups de théâtre, sans jamais retomber.

Les amateurs de conspirations policières trouveront leur bonheur ici, quoique la clé de l’énigme est finalement élucidée très tôt par Lemony, dont l’instinct se révèle assez bon conseiller. Le sel de l’intrigue est plutôt de déterminer toute la concaténation des pièces de ce puzzle, ses complications imprévues, et surtout le facteur indéterminable de l’affaire : les réactions de l’enquêteur lui-même. Le roman s’organise visiblement en deux temps, à l’image des deux témoignages contradictoires que Lemony doit départager, et des deux micmacs qui l’accompagnent. Nous en réglons une dès la moitié du livre atteint, et l’histoire aurait pu s’arrêter là tant la qualité est au rendez-vous ; c’est précisément ce qui donne son délectable caractère à la seconde partie, où Snicket réserve ses dernières surprises. C’est presque deux livres en un dont il nous a fait cadeau !

Alors même qu’une « formule » est censée s’installer ici, un schéma répété dans chaque tome, celui-ci n’est guère garanti ; au contraire, c’est l’imprévisibilité qui mène et le lecteur ne peut jamais être totalement sûr de l’endroit où Handler désire le conduire. A l’instar des Désastreuses Aventures, l’auteur peut briser sans merci ses propres codes, à ceci près qu’il le fait ici avec une bien plus grande rapidité. L’on est jamais en terrain connu dans All the Wrong Questions, et pour un roman noir, c’est heureux : le lecteur baigne tout du long dans l’incertitude et la méfiance, la paranoïa, disons-le tout haut, et c’est une des nombreuses raisons qui nous rapprochent de ce que vivent ces personnages hagards, toujours aux aguets.

A l’image de son univers en extension, la galerie de ces huberlulus ne cesse d’ailleurs de s’étoffer sans pour autant délaisser ses premiers larrons. C’est là un avantage considérable de cette nouvelle série sur son aîné : l’unité de lieu permet de faire revenir presque tous les personnages secondaires rencontrés de tome en tome, et ainsi de leur faire gagner en épaisseur, de faire évoluer en psychologie. Les Désastreuses Aventures étaient un éternel rendez-vous manqué de figures mémorables dont on prophétisait le retour prochain, toujours annulé à la dernière minute, ou bien injustement écourté. Oui, triplés Beauxdraps, c’est vous que je regarde, et ne croyez pas que je ne vous ai pas vus dans le fond, capitaine… Rien de tout cela ici, ce qui nous encourage d’autant plus à nous attacher aux formidables êtres humains que Handler nous invite à mieux connaître.

Tout le monde aura son chouchou dans l’une ou l’autre catégorie, la société se divisant toujours, dans la pure tradition snicketienne, en adultes peu fiables et enfants pleins de ressources. Ce qui est émouvant ici, et là encore c’est quelque chose dont on avait été frustré dans les Désastreuses Aventures, c’est la célébration de l’amitié et de la coopération. Lemony devient un chef charismatique et controversé, autour duquel gravitent nombre d’amis fidèles mais soupçonneux avec qui il ne peut jamais totalement être sur un pied d’égalité… Mais en attendant, ces gens-là travaillent ensemble, et ils travaillent bien.

La révolte de la jeunesse contre la rigidité des adultes est d’ailleurs, à mon sens, la clé du véritable rapport qu’entretient l’ancienne série avec la nouvelle. Nous en apprenons plus sur les vertes années de nombreux adultes des Désastreuses Aventures, et ces informations, si elles ne semblent pas immédiatement reliées à l’archéométrie de leurs vieux mystères, se révèlent, avec un peu de recul, déterminantes pour leur compréhension. Snicket a toujours fait preuve d’empathie pour les orphelins Baudelaire ; il a souvent comparé leurs malheurs au siens. Ce que cette nouvelle série nous apprend, c’est que cette identification n’est somme toute que superficielle : alors que les orphelins Baudelaire étaient avant tout des victimes, plongés à tous moments dans l’impuissance et l’ignorance, Lemony est ici un acteur à part entière de sa propre histoire, un agent libre d’une grande influence que ses ennemis ne parviennent que rarement à contourner, et, plus que tout, il cache autant de secrets que les personnes qu’il combat. Leurs enfances respectives ne sauraient donc être plus différentes ! Lemony échoue, très souvent ; mais, contrairement aux orphelins, c’est lui qui choisit ses combats.

En contrepartie de cette faiblesse, les orphelins pouvaient compter sur le soutien indéfectible de leur propre cellule familiale ; Lemony, à l’opposé, paye sa puissance d’une nécessaire et aliénante solitude. Le lecteur finira par ressentir, en effet, un certain malaise face aux méthodes de ce juvénile enquêteur, investi de responsabilités qui le dépassent et qu’il ne semble pas maîtriser parfaitement, jouant avec les gens qui l’entourent comme avec des pions. Si les Désastreuses Aventures tournaient autour de la tentation de la perversion, de la difficile possibilité de garder une certaine vertu (à défaut d’une certaine innocence), il est clair que Lemony a depuis très longtemps franchi la ligne, quelque part du côté obscur. On s’en trouve surpris. Ce tome, en effet, descend plusieurs marches plus bas dans l’horreur, dans la violence, même ; à l’image d’une flamme qui éclaire les pénombres tout en embrasant tout ce qu’elle touche, VDC abîme tous ceux qui y sont liés.

Si All the wrong questions est réellement une prélogie, c’est donc bien au sens qu’elle apporte quelques éléments de réponse sur cette question. Si c’est cela, l’enfance d’un jeune VDC, comment ne pas comprendre, ne pas approuver, même, que les parents Baudelaire aient élevé leurs enfants dans une ignorance totale de l’organisation ? Adultes et enfants, expériences et connaissances : deux facettes du même problème pour deux séries différentes qui se répondent en porte-à-faux. Je recommanderais All the wrong questions à tous les auteurs désireux d’écrire une prélogie, pour la bonne raison qu’elle concilie admirablement deux conditions contraires : elle tient debout sans besoin nul besoin de se référencer au même originel, et pourtant elle sert véritablement à dire quelque chose sur l’œuvre qui la précède, quelque chose qu’elle ne pouvait pas énoncer d’elle-même.

Handler s’élève aux sommets tandis que ses personnages s’enfoncent. Les profondeurs de Salencres-sur-mer s’obscurcissent ; la pression monte.

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21 avril 2013

A son anniversaire, c'est Handler qui régale

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Avril ! Le mois des temps changeants, des poissons farceurs et des cloches pondeuses, certes, mais pour la communauté des fans de Daniel Handler, ce mois signifie tout autre chose. C’est en effet à peu près à ce moment-là que l’auteur a la gentillesse de fournir une réponse courtoise au cadeau que lui a envoyé le forum 667 Dark Avenue pour son anniversaire. En 2011, Daniel nous avait fourni des images exclusives du premier jet de sa nouvelle série (avec un titre partiel, qui a été gardé d’ailleurs) ; en 2012, c’était le second chapitre de « Who could that be at this hour » qui nous attendait en remerciements. L’année 2013 avait donc un défi de taille à relever, et d’un côté comme de l’autre, personne n’a été déçu !

Pour comprendre le petit mot de remerciement, il faut d’abord bien comprendre, cette année, le cadeau d’origine. En 2012, nous lui avions envoyé 42 historiettes de 42 mots illustrées. Cette année, c’est 43 Mauvaises Questions qu’il a reçues, illustrées dans le style des courriels promotionnels envoyés aux fans pour la promotion de la nouvelle série ; ils étaient basés sur des esquisses préparatoires de Seth. Un bon moyen d’honorer la relation entre les fans et l’édition, non ? Handler, bien entendu, a tout d’abord répondu à nos 43 Questions. Mais, évidemment, celui-ci a toujours « considéré les questions plus intéressantes que les réponses… » Aussi, il nous les a quand même données… Mais dans le désordre ! Ce qui suit est la traduction des questions/réponses. L’auteur de ce blog a tenté du mieux qu’il pouvait d’attribuer la bonne réponse à la bonne question quand cela était possible, mais dans certains cas, c’était très incertain et nous ne pouvons nous engager quant à la validité de ces associations.

[NB : l’auteur de ce blog est responsable des questions 25 et 30 ! Dans le second cas, il s’agit d’une référence obscure aux « Beatrice Letters »]

1)      Pouvons-nous vous poser quelques questions ? Pourquoi pas.

2)      Avez-vous déjà essayé d’écrire des histoires gaies ? La plupart le font.

3)      Vos plans se sont-ils déjà retournés contre vous ? Toujours.

4)      Jérôme Squalor a-t-il déjà été illustré ? Oh, oui, et par bien des artistes.

5)       Avez-vous fini par apprendre le nom de jeune fille d’Esmé Squalor ? Vous semblez supposer qu’il n’y a eu qu’un seul mari.

6)      Existe-t-il des branches de VDC en Indonésie ? Nous sommes vraiment partout, n’est-il pas ?

7)      Le bibliothécaire pleure, une allergie à la poussière en est-elle responsable ?

8)      Pourquoi S. Théodora Markson approuve-t-elle l’existence d’une industrie minière instable et destructrice ? Pour la même raison que la plupart des gens ? Par facilité, je présume – la facilité est le destructeur par excellence.

9)      Le S. signifie-t-il quelque chose d’important ? Important pour qui.

10)   De combien de tentacules une pieuvre a-t-elle vraiment besoin ? Vraiment besoin, ou besoin pour être élégante ?

11)   Monsieur le directeur de la scierie et Charles sont-ils gays comme des pinsons ? Ils ne sont pas disponibles – c’est tout ce qui importe.

12)   En tant que quarantenaire (et des poussières) : qu’est-ce qu’il y a derrière cette colline (et y-a-t-il un Starbucks Coffee ?) ? Gardez l’espoir, mais amenez une cafetière à piston.

13)   Est-ce du café, ou bien de l’encre noire, qui a tâché la veste ? Sont-ce mes seuls choix ?

14)   Qu’avez-vous bu hier soir ? Quelque chose de vert.

15)   Qui est le père d’Ellington Feint ? Un prisonnier.

16)   Est-ce vrai qu’Ellington Feint est en réalité l’engeance de la Bête Bombinante ? Une jeune fille n’est pas une « engeance. »

17)   Qui est venu en premier, l’œuf ou la poule ? Demandez-le au renard.

18)   Combien faut-il de chauves-souris dressées pour changer une ampoule ? Elles préfèrent l’obscurité.

19)   Combien y-a-t-il de grains de sucre dans une pincée ? Un, c’est déjà trop pour moi.

20)   Si le sucrier ne contient pas de sucre, la Bête Bombinante ne contient-elle pas du poivre, ou bien du sel ? Toutes les créatures marines contiennent du sel, non ?

21)   Si varier les plaisirs est le sel de l’existence, que nous conseilleriez-vous avec un Fettucine Alfredo ? Caviar et Orvieto.

22)   Si « une de perdues, dix de retrouvées, » combien en faudra-t-il pour garder la meilleure pour la fin ? -- 9 + 4 = 13 ( ?)

23)   Une chimère en train de bombiner dans un siphon peut-elle se nourrir de deuxièmes intentions ? « Peut ? » « Doit. »

24)   Devrais-je me faire raser la moustache ? Si vous promettez d’éviter la cire.

25)   On m’a souvent dit que j’avais un comportement extrêmement passif-agressif, que me conseillez-vous ? Si vous ne trouvez ma question suffisamment intéressante, franchement, ce n’est pas grave. Faîtes ce qui vous plaît. Comme d’habitude. « Oui. »

26)   En bien des aspects, Flannery Culp est pour moi une héroïne et une source d’inspiration. Devrais-je envisager de consulter un psychiatre ou simplement investir dans un jeu de croquet ? Le croquet c’est moins onéreux, certainement.

27)   Voulez-vous un câlin ? Non, merci.

28)   Pourquoi ne faut-il pas répondre à une question rhétorique ? Et pourquoi donc ne le faudrait-il pas ?

29)   Si vous étiez un arbre, quel genre d’arbre serait-ce ? Abattu.

30)   Si un arbre s’abat dans la forêt, y-a-t-il qui que ce soit qui s’en soucie ? Ceux qui sont dans le nid, je suppose.

31)   Si un Snicket s’abat dans la forêt et si Ellington Feint est la seule personne dans les parages, le Snicket bombine-t-il ? « Tremble, » vous voulez dire.

32)   Si un auteur crie ses revendications dans la forêt, et qu’aucun éditeur n’est dans les parages pour l’entendre, contre-dit-il la ligne éditoriale ? Les auteurs devraient tojours s’exprimer par l’écrit, et non par des cris, et toujours sur du papier ligné.

33)   Êtes-vous sûr qu’il est sage de répondre à cette question ? Non.

34)   Si vraiment il n’y a rien dehors, alors quel était ce bruit ? Un bruit bombinant ?

35)   Si vraiment il n’y a rien dehors, qui est-ce qui sonne à la porte ? Si vous ne le savez pas, ne répondez pas.

36)   Si vraiment il n’y a rien dehors, qui ça peut bien être à cette heure-là ? Quelle heure est-il là-bas ?

37)   A quand la fin de tout cela ? Quelle heure est-il ?

38)   Combien de temps nous reste-t-il ? Assez pour un autre verre, j’en suis sûr.

39)   Heu ? Brugh.

40)   Désolé ? Je vous pardonne ?

41)   Quoi ? Qui ?

42)   Vous êtes sûrs de ne toujours pas vouloir de câlin ? Non, merci.

43)   Auriez-vous préféré recevoir en cadeau 43 boutons de manchette ? Deux c’est bien, quatre c’est généreux.

Mais c’est assez ! Passons à ce qui nous intéresse directement, à savoir le petit cadeau bonus… Il est directement contenu dans cette vidéo contenant les remerciements de Handler. En arrière-plan, on voit très distinctement des pages typographiées du Tome 2 ! Pour les flemmards et les anglophobes, voici une traduction des passages concernés :

[De qui c’était] la faute tandis que le Dr Flammarion et l’Infirmière Dander restaient assis, bâillonnés et forcés d’écouter le tout. La bibliothèque avait l’air fermée, barricadée même, quoiqu’il me semblait bien apercevoir quelques mites papillonner près du porche, maintenant que leur humble foyer, un arbre large et imposant, n’était plus là. Je me demandai si Dashiell Qwerty avait fini tout le travail auquel il s’affairait dans la bibliothèque. Peut-être y était-il en train de dormir, en ce moment même. « Que s’est-il passé ? » finis-je par demander.

« Kit s’est faite arrêter, » me dit mon associé(e). « Mes sources m’informent qu’ils l’ont coincée alors même qu’elle essayait d’ouvrir l’écoutille, mais elle était trop lourde pour qu’elle puisse l’ouvrir toute seule. »

Je fermai les yeux. Maintenant, c’était encore plus sombre. « Elle n’était pas censée se rendre là-bas toute seule, » dis-je.

« Snicket, je l’ai déjà dit, ce n’est pas de ta faute. »

« Tu peux dire ça autant de fois qu’il te plaira. »

« Kit savait que tu ne serais pas là. Elle a décidé d’essayer quand même. Franchement, je ne lui en veux pas. Le Musée des Objets n’a pas fait une expo de ce genre depuis des années. »

« Quatre-vingt-quatre ans, » dis-je. « Si nous ne mettons pas la main sur l’objet maintenant, nous n’en n’aurons plus l’occasion de toutes nos vies. »

CHAPITRE

« Lemony Snicket, » me lança-t-elle en retour. Nous étions plantés là en chiens de faïence. Cela ne faisait pas si longtemps que ça que je connaissais Ellington Feint, et on ne pouvait pas vraiment dire que nous étions amis. Nous nous étions chacun trouvés à La-Tache-de-Mer pour de mystérieuses missions. Nous avions volés la même statue, et nous avions recherché le même scélérat, et voilà que l’affaire Cleo Knight nous remettait dans le même bateau. Mais la Bête Bombinante, sculptée pour représenter la légendaire […] de La-Tache-de-Mer /

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07 avril 2013

Lemony Snicket nous confie ses plus intimes terreurs cinématographiques

TREIZE FILMS D'HORREUR QUE J'AI VUS AVANT L'ÂGE PRESCRIT ET QUI M'ONT LAISSE TRAUMATISE A VIE

par Lemony Snicket

Source : cet article.

Treizième place : White Zombie (1932)

Synopsis : Bela Lugosi transforme Madge Bellamy en un zombie servile et silencieux, probablement pour quelque motif scabreux.

Âge auquel je l'ai vu : Sept ans, un bon âge pour lire The Dark, le nouveau livre de Lemony Snicket à présent en magasin.

Contexte : Vu, horrifié, à la télévision avec des enfants plus âgés, tandis que nos parents, hilares, se saoûlaient dans la pièce d'à côté.

Séquelles : Déteste le groupe de musique du même nom.

Douzième place : Hush Hush, Sweet Charlotte (1964)

Synopsis : Bette Davis est rendue folle par sa famille pour des raisons trop tarabiscotées pour que je m'en rappelle précisément.

Âge auquel je l'ai vu : Sept ans.

Contexte : Vu avec mes parents à la télévision ; ai hurlé au moment où la tête de Bruce Dern dévale l'escalier.

Séquelles : Soupçonne parfois que ma propre épouse essaye de me rendre fou ; pour quelle autre raison, d'ailleurs, mettre au lave-vaisselle ma tasse de café froid qui peut encore parfaitement servir, pourquoi, POURQUOI ?

Onzième place : L'invasion des Profanateurs (1978)

Synopsis : San Francisco est envahi par des êtres visqueux, y compris Leonard Nimoy.

Âge auquel je l'ai vu : Huit ans.

Contexte : On m'a traîné au cinéma pour voir ce film. A huit ans ! Par ma mère ! Et justement à San Francisco ! L'invasion des Profonateurs. Vous savez, ce film où les monstres viennent vous attaquer pendant votre sommeil ? A huit ans ?

Séquelles : Quand ma mère se plaint de mon mauvais comportement à son égard, je lui rappelle qu'elle a osé m'amener au cinéma voir l'invasion des profonateurs alors que j'avais huit ans.

Dixième place : Love at first bite (1979)

Synopsis : George Hamilton joue Dracula, et cherche l'amour dans les discothèques de Manhattan.

Âge auquel je l'ai vu : Dix ans.

Contexte : Vu sur la télé locale. N'ai pas compris à l'époque qu'il s'agissait d'une comédie, ce qui fait que j'ai trouvé la fin assez nihiliste plutôt que romantique.

Séquelles : Ma soeur m'a prêté le DVD l'été dernier et il est tout aussi terrifiant, quoique pour des raisons bien différentes.

Neuvième place : Oxford Blues (1984)

Synopsis : Rob Lowe va à Oxford, enfin je crois.

Âge auquel je l'ai vu : Quatorze ans.

Contexte : J'avais mal lu le programme télé et cru que c'était un film d'horreur. Je l'ai donc regardé dans un suspense insoutenable, particulièrement durant la scène de la douche.

Séquelles : Quand les films que je regarde deviennent ennuyeux, j'aime à m'imaginer qu'un tueur psychopathe peut débarquer avec une hache à n'importe quel moment.

Huitième place : Momie Dearest (1981)

Synopsis : Joan Crawford est une très mauvaise mère, pas que ce soit étonnant.

Âge auquel je l'ai vu : Seize ans.

Contexte : Je l'ai vu avec ma mère, qui tout du long continuait à me dire que Joan n'était pas si méchante que ça.

Séquelles : ...Et parfois j'ajoute : "et comme si l'invasion des profanateurs ne t'avait pas suffi..."

Septième place : The Shining (1980)

Synopsis : Jack Nicholson n'aime pas trop son boulot de concierge. Il devient un peu aigri.

Âge auquel je l'ai vu : Dix-Neuf ans.

Contexte : Vu au cinéma communautaire de ma fac. Etait bourré. Ai hurlé toute la séance.

Séquelles : Parfois, des vieux amis de fac me disent "tu te souviens de cette séance de Shining, celle où le pochetron n'arrêtait pas de hurler comme une petite fille ?" et je réponds : "non, vraiment pas, je n'en ai aucun souvenir." Et en plus, ce film m'a fait détester les chambres d'hôtes.

Sixième place : Irezumi (1962)

Synopsis : Un tatoueur éxécute un immense dessin sur la peau d'une femme alors qu'elle fait l'amour à un jeune homme.

Âge auquel je l'ai vu : Vingt ans.

Contexte : Film préféré de ma petite amie de fac. Ca l'excitait.

Séquelles : A la place, j'ai épousé une fan des Parapluies de Cherbourg.

Cinquième place : Paranoiac (1963)

Synopsis : Blablable, Oliver Reed, blablabla, des trucs effrayants dans une maison.

Âge auquel je l'ai vu : Vingt-neuf ans.

Contexte : Agrippé au bras de mon épouse dans notre appartement.

Séquelles : Parfois, quand je me lève au milieu de la nuit, j'imagine que cette figure masquée se cache dans la salle de bain, prête à me tuer.

Quatrième place : Les dix premières minutes de Experiment in Terror (1962)

Synopsis : Lee Remick roule sur le Golden Gate Bridge sur une musique de Henry Mancini. Elle met sa voiture au garage et là un homme se jette sur elle.

Âge auquel je l'ai vu : Trente ans.

Contexte : Ma charmante femme : "tu es SÛR que ce n'est pas trop effrayant pour toi ?" Moi : "Attendons cinq minutes... Oh, j'avoue : c'est ennuyeux à mourir."

Séquelles : Mon amour pour Henry Mancini, mais je n'avais pas attendu ce film pour le découvrir.

Troisième place : Thomas the Tank Engine and Friends (1984)

Synopsis : Des trains ne cessent de s'asticoter.

Âge auquel je l'ai vu : Trente-six ans.

Contexte : J'entendais les gasouillements ravis et répétés de mon fils nouveau-né pendant que ma santé mentale me quittait pour ne plus jamais revenir.

Séquelles : Aujourd'hui encore, je frissonne à la simple énonciation du mot "badin."

Seconde place : Les cinq dernières minutes de Rec (2007)

Synopsis : Une femme est enfermée dans une pièce sombre avec un zombie rachitique et effrayant. Elle n'est pas heureuse.

Âge auquel je l'ai vu : Quarante-deux ans.

Contexte : J'étais malade et passais ma journée à arpenter Youtube.

Séquelles : Ai écrit à mes députés et représentants électoraux pour interdire à Youtube de traumatiser de braves concitoyens qui payent leurs impôts. Moveon.org, personne pour me soutenir ?

Première place : Les Désastreuses Aventures des Orphelins Baudelaire (2004)

Bon, je ne vais quand même pas être grossier, hein ?

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No, Daniel Handler can't read his poker face

Je ne résiste pas au plaisir de vous faire partager cette vidéo, où Daniel Handler a le plaisir de voir un tour de magie réalisé par l'homme qui, d'après lui, l'a plumé de sa maison (déjà hypothéquée) au poker ! Un numéro hallucinant, teinté d'une pointe d'homoérotisme (kwa ?).

Dans le même, je me sentirais également coupable de ne pas mentionner cette émouvante composition à l'accordéon qui nous confirme que Daniel Handler sait danser la carioca. On appelle Alain Chabat et Gérard Darmont pour qu'ils forment un groupe ? Oh oui, youpi, qu'ils dansent la carioooo-ca... C'est bien... Faisez-tous comme moi !

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17 mars 2013

Bande-annonce de "The Dark" !

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En plus de plusieurs images promotionnelles, une bande-annonce du nouveau livre pour enfants de Lemony Snciket et Jon Klassen circule ces temps-ci. Régalez-vous ! Avril n'est plus très loin...

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02 mars 2013

Le Tome II arrive !

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Grande nouvelle, le second tome d'All the Wrong Questions sort le 15 Octobre prochain ! Pour la peine, nous disposons déjà de pas mal d'informations. Chaque tome de la série portera sur un crime particulier : le Tome I traitait d'un vol, le Tome II traitera d'un enlèvement ! When Did You See Her Lastou Quand l'avez-vous vue pour la dernière fois pour les anglophobes, ne saurait arriver trop tôt... Techniquement, moins d'un an se sera écoulé entre la parution des deux premiers tomes ; même si Handler a toujours été très ponctuel, il semble donc que cette série soit pour lui un véritable plaisir ! Ca, ou bien les éditeurs ont aussi hâte que nous de voir le livre en magasin...

 Mis à jour : 07 Avril 2013

SYNOPSIS : Dans cette ville reculée qu'on nomme La-Tache-de-Mer, le jeune apprenti Lemony Snicket se retrouve avec une nouvelle affaire à résoudre : lui et son chaperon sont engagés pour retrouver une petite fille. Est-ce une fugue ? Ou bien un rapt ? Est-ce bien à l'épicerie qu'on l'a vue pour la dernière fois ? Ou bien a-t-elle fait un saut au restaurant ? Est-ce bien nos oignons, franchement ?

PREMIERES LIGNES : Il s'agissait d'une ville, et il s'agissait aussi d'une statue, et également d'une personne qui avait été enlevée. Lors de mon séjour dans cette ville, j'avais été engagé pour retrouver cette personne, j'avais cru cette statue perdue à jamais. J'allais sur mes treize ans, et j'avais tort. J'avais tort sur toute la ligne. J'aurais du poser la question : "comment quelqu'un de disparu peut-il se débrouiller pour se trouver en deux endroits à la fois ? " A la place, j'ai posé la mauvaise question - quatre mauvaises questions, grosso-modo. Voici l'histoire de la seconde.

PREMIERE ILLUSTRATION : Suivez le lien : les lecteurs du premier tome y verront la confirmation du retour d'un personnage et d'une intrigue du premier tome qui avaient soulevé un certain nombre d'interrogations !

PROMOS DIVERSES : Une vidéo très drôle mettant en scène un dialogue entre Handler et Snicket à propos de la sortie du second time.

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02 février 2013

La bibliothèque idéale de Daniel Handler

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L'llustratrice Jane Mount vient de publier My Ideal Bookshelf, recueil de peintures ayant pour motif les bibliothèques d'écrivains contemporains. Parmi eux se trouve bien entendu Daniel Handler, dont vous pouvez voir l'étagère ci-contre ! Bien entendu il n'y a inclus que ses livres préférés, sa bibliothèque réelle étant bien plus grande. Pour ceux qui auraient du mal à lire, voici la liste des ouvrages qu'il a choisis :

* La Fameuse Invasion de la Sicile par les Ours - Dino Buzzati
* The Changeling - Zilpha Keatley Snyder
* Lolita - Vladimir Nabokov
* Anagrams - Lorrie Moore
* The Black Book - Tom Drury
* Fish Preferred - Wodehouse
* Mrs Caliban - Rachel Ingalls
* Moby Dick - Herman Melville
* Danny Champion du Monde - Roald Dahl
* 30 Pieces of a Novel - Stephen Dixon
* The Dream Songs - John Berryman
* The Complete Poems : 1927/1979 - Elizabeth Bishop
* Les Fleurs du Mal - Charles Baudelaire
* Raymond Chandler - The Long Goodbye
* ??? (indéchiffrable)


...En fait, ça ne nous apprend pas grand chose sur Handler car il a déjà fait 36 allusions pas du tout subtiles dans ses romans à l'écrasante majorité des livres et auteurs de cette liste. Ca m'a fait rigoler !


Source : par là. Il y a aussi la bibliothèque idéale de Maira Kailman et de Chabon pour ceux que ça intéresse !

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26 janvier 2013

Oui c'est un joyeux pirate-eu, oui c'est un joyeux pirate-eu !

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Comme quoi, tout arrive ! Le fameux roman sur les pirates que nous promet Handler depuis dix ans (non, je n'exagère pas, dix ans !) semble prendre forme ! Ca tombe bien, on commençait à penser que ce n'était qu'une sombre blague de l'auteur. Quelques sites promettent en effet une sortie pour Février 2014 (on a le temps...) et lui donnent pour titre provisoire "We are Pirates." Je suis aux anges, All the Wrong Questions me gardait déjà bien contenté avec sa parution annuelle, mais c'est réjouissant de voir que les romans "adultes" de Handler ne seront pas mis en pause.

NB: l'image ci-contre est issue de Roger the Jolly Pirate de Brett Helquist, la couverture du livre n'a pas encore été dévoilée...

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07 janvier 2013

Snicket lit "Coraline" !

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Si vous n'avez pas encore lu "Coraline," le chef-d'oeuvre de Neil Gaiman (magnifiquement adapté au cinéma par Henry Selick), foncez l'acheter ! En attendant, Daniel Handler vous fait grâce d'une lecture d'un de ses chapitres à l'occasion du dixième anniversaire de sa sortie... Handler a bien du mérite de rendre ce petit hommage à Gaiman, ce dernier traîne des photos plutôt gênantes de Daniel, jugez plutôt... C'était à sa fameuse soirée "crème glacée et littérature" en 2011, si je ne m'abuse. A la base je crois qu'ils se connaissent via leur amitié commune avec Stephen Merrit des Magnetic Fields (d'ailleurs, il avait enregistré des chansons pour l'adaptation cinématographique de Coraline). Voir ces deux gars collaborer un jour sur quelque projet est un de mes rêves les plus fous, mais bon, je suppose qu'un seul génie ça prend déjà pas mal de place ! Ah, on m'informe aussi dans l'oreillette que Handler était également présent à ses noces avec Amanda Fucking Palmer (c'est très important, elle insiste pour qu'on mette le "Fucking" entre Amanda et Palmer). Voilà, promis, pour le prochain article, je ne sous-traiterais pas avec la rédaction de Voici et Gala.

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03 janvier 2013

Passages Préférés des Désastreuses Aventures (09/13) : The Literal Cliffhanger

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Il y a deux types de communautés de fans : les "champignons" et les "arbres." Les champignons concernent généralement un  sujet très populaire, et surtout populaire de manière très rapide au point où la majeure partie de la communauté s'installe  sur la Toile plus ou moins en même temps. Divers sites essèment sur le modèle de spores ; leur nombre est proportionnel à  l'engouement progressif du public. Les arbres, eux, s'articulent autour d'un sujet moyennement populaire et dont le  rassemblement des fans prend un certain temps, parfois jusqu'à plusieurs années ; ces communautés partent toujours  principalement d'un seul grand site car les fans sont trop peu nombreux pour se permettre de s'éparpiller. Les nouveaux sites  peuvent donc être considérés comme les nouvelles "branches" du site originel et leur mortalité est supérieure à celle du  tronc. Plus encore, du fait de cette dynamique sociale très identifiable, les fans tendent à entretenir les uns avec les  autres des rapports d'appartenance beaucoup plus intenses et extrêmement personnels - pour le meilleur comme pour le pire.

La communauté de fans des Désastreuses Aventures, à tout le moins, appartient résolumment à cette seconde catégorie. De  l'autre côté de la Manche et de l'Atlantique, la fondation du fandom correspond précisément à la sortie en librairie de  l'Autobiographie non-Autorisée, publiée entre celles des Tomes VIII et IX respectivement (Tomes XI et XII pour nous). Snicket  venait de donner à son univers un domaine d'extension insoupçonnable, qui nourrissait les interrogations plus folles. Le fait  qu'il s'agisse d'un hors-série non prévu était caractéristique de l'impression qui ressort des tomes de l'époque : une série  qui bascule d'un genre à un autre, qui casse ses propres codes, qui annonce quelque chose de plus grand et plus terrible que  tout ce que l'on aVait pu imaginer. A partir de là ont germé deux-trois sites consacrés aux théories d'amateurs et  spécialistes de la série (la Michael Cuellar FAQ, The Lemony Site, etc) et plusieurs forums de discussion anglophones ont  suivi (principalement le feu The Quiet World et le 667 Dark Avenue, qui a néanmoins changé d'adresse depuis l'agonie de  Geocities). On dira ce que l'on voudra quant à la pertinence réelle de la mythologie VDC, mais c'est bien elle qui a  transformé cette série de livres en phénomène international.

Pour ce qui est des sites francophones, le phénomène est exactement le même : c'est véritablement l'obsession des théories et  des conspirations sur l'intrigue VDC qui a soudé les fans. Pour autant, l'Autobiographie n'étant sortie que beaucoup plus  tard, la fondation de cette partie du fandom a logiquement une autre origine. A la réflexion, elle ne pouvait nécessairement  avoir que celle-là.

Nous parlons bien entendu ici de la conclusion impromptue et terrifiante du neuvième tome de la série, qu'on cite  généralement comme le meilleur rebondissement tous tomes confondus. Les lecteurs français, pris d'un suspense insoutenable  quant au sort des trois orphelins et déjà fort tracassés par les nombreux mystères disséminés dans les neuf tomes précédents,  furent soumis à une attente proprement insupportable. Les tomes s'épaississant, les délais de traduction s'étaient allongés  et Nathan envisageait désormais des parutions annuelles, calquées sur le modèle américain afin de fidéliser son public.  Attendre la parution française du Tome X se révélaparticulièrement dur pour les fans, ce fut d'ailleurs le premier tome  français à comporter un court extrait du tome suivant en guise d'amuse-gueule. Pour lutter contre cette crise de manque, deux  solutions s'offraient : se jeter sur les versions anglaises déjà parues ou bien se regrouper entre drogués pour échanger. En  définitive, les deux méthodes furent régulièrement combinées... A l'époque, la possession d'un chapitre du Tome X traduit  illégalement donnait lieu à de véritables foires d'empoigne. Il y a véritablement eu une explosion de sociabilité sur ce  court laps de temps ; d'un seul coup, les lecteurs français sortaient de l'ombre. Rétrospectivement, le fandom s'est organisé  (et déchiré !) avec une rapidité et une richesse impressionnantes en si peu de temps. Comparativement, l'attente du dernier  tome a été beaucoup plus calme, alors qu'il était bien plus médiatique !

[Afin d'être objectif il faut évidemment mentionner de plus la sortie de l'adaptatation cinématographique fin 2004, qui  explique cet engouement soudain. Néanmoins on peut plutôt parler ici d'un cataliste, d'un prétexte ; les discussions de  l'époque partaient souvent du film, il est vrai, mais en définitive ce n'était qu'un point très mineur dans de longues  conversations bel et bien centrées sur les livres. Pour être même plus juste, c'était la façon dont le film tentait de  complèter/commenter habilement la mythologie des livres qui faisait son intérêt principal... Pas son contenu ou même sa  qualité en temps qu'adaptation. En règle générale la sortie d'une adaptation cinématographique change rarement les choses  pour un fandom en terme de démographie : s'il est conséquent et en expansion, elle ne fait que le grossir légèrement, s'il  est relativement réduit, il tend à le rester.]

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J'essaye de me remémorrer l'ambiance de l'époque, durant cette courte période d'expectitude, avant ma lecture du tome X en  anglais mais après ma découverte sur la Toile de la présence de fans français. Avions-nous réellement et sincèrement peur  pour la vie de Klaus et Violette ? Il était évidemment difficile d'ignorer la présence des tomes X et XI en anglais, dont les  seules couvertures suffisaient à répondre à nos interrogations. Néanmoins, le choc psychologique était réel. Les Orphelins  Baudelaire allaient survivre, nous en étions au fond de nous certains dès la seconde où nous avions refermé le Tome IX, mais  c'était uniquement, nous le savions, pour qu'ils souffrent encore plus longtemps. Avec cette conclusion explosive, nous  étions désormais convaincus (avec raison) que les Désastreuses Aventures n'étaient pas un récit d'aventures à proprement  parler, c'était en vérité la chronique d'une lente agonie ; restait à déterminer l'agonie de quoi. Et, une fois rendus a  fatidique Tome XIII, rien n'irait plus, tout deviendrait possible en terme d'horreur.

Avant la sortie des Reliques de la Mort, les fans de Harry Potter raisonnaient que Harry n'y mourrait pas pour la bonne  raison que la série ne virerait jamais aussi sombre et déprimante. Avant la sortie de La Fin, les fans des Désastreuses  Aventures raisonnaient que les Orphelins Baudelaire ne mourraient pas parce que Daniel Handler nous concoctait sûrement  quelque chose de plus créatif.

Ce qui est fascinant dans l'ambiance des Désastreuses Aventures c'est que Daniel Handler parvient à introduire un sentiment  de totale imprévisibilité au sein d'une série qui est pourtant caractérisée par la répétition des schémas narratifs, une  impression d'innocence violée dans un monde pseudo-enfantin où les risques sont pourtant clairement limités (pas de flingues,  pas de sexe, pas de gros mots, etc), une angoisse indéterminée où l'on est jamais sûr des nouvelles formes que prendra  l'horreur alors même qu'il gâche sans vergogne l'effet de surprise de ses dénouements en les dévoilant au début des tomes. On  peut difficilement expliquer un tel tour de force sans crier au génie.

A l'époque le service de promotion anglophone avait joué sur cette ambivalence en alimentant les craintes des fans envers  Klaus et Violette ; en anticipation du Tome X étaient distribuées des lettres codées formant le message "two will disappear  and never be seen again." "Deux personnes disparaîtront pour ne jamais être revues." Les fans de l'époque, eux, s'entre- déchiraient réellement pour déterminer l'identité de ces deux personnes : Klaus et Violette, Duncan et Isadora, ou les Femmes  Poudrées ? Les attachés au marketing durent faire preuve de plus de créativité pour la sortie des trois tomes suivants ;  leurs fins plaçaient certes les orphelins dans des retournements de situation intéressants, mais rien qui justifiât à soi  seul la promotion du tome suivant. Les dernières lignes du Tome IX, ce furent nos "Noces Pourpres," comme diraient les  amateurs du Trône de Fer (que nous saluons au passage). Toute série d'exception a ses "Noces Pourpres."

Handler se montre souvent étonné de l'engouement que suscite tel ou tel passage ou aspect des Désastreuses Aventures, mais  j'ose croire qu'il savait ce qu'il faisait à ce moment précis. Sinon, pourquoi avoir jeté Violette et Klaus du haut d'une  falaise ? Le concept de fin d'épisode à rebondissement se dit "cliff-hanger" en anglais, littéralement "ce qui se raccroche  au bord d'une falaise" ; l'origine du terme est mal connue, mais on imagine facilement qu'il s'agit d'un hommage aux séries  d'action projetées dans les cinémas muets, où le protagoniste se retrouve dans le pétrin à chaque fin d'épisode (par exemple,  agrippé au bord d'une falaise abrupte) pour ne s'en sortir qu'au suivant. Connaissant la nature méta-fictive des Désastreuses  Aventures et leur tendance à illustrer des concepts littéraires et culturels de manière littérale (penser à l'expression "la  justice est aveugle" dans le tome XII), je doute qu'il s'agisse d'un hasard : le meilleur cliff-hanger de la série est  réellement un balancement dans le vide du haut des falaises à pic des Monts Mainmorte !

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