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Dans Who Done It, un éditeur particulièrement infâme est assassiné. 83 écrivains différents sont passés au crible et sommés de présenter leur alibi pour ce meurtre crapuleux. Tous les bénéfices des ventes de cette anthologie sont reversés à l'association 826nyc, une oeuvre de charité à vocation littéraire. C'est la même société qui avait publié Noisy Outlaws, dans laquelle Snicket avait également contribué.


Traduit pour vos soins, la contribution de Lemony Snicket :

Il existe une toute petite boutique miteuse de cartes postales, un peu à côté de la Place Horacio Moya, dans le Quartier Postier d'une ville connue pour sa violence et ses boulettes de viande. Si vous entrez dans la boutique où la Señora Pushkin est au comptoir, et si vous demandez à voir la collection de cartes postales en porcelaine exposée derrière la vitre blindée, on vous remettra à la place une enveloppe en vous forçant à sortir. L'enveloppe contiendra un jeton pour payer le bus.

J'avais de la chance ; le bus n'était pas trop bruyant, et je pus ainsi entendre le signal m'indiquant que c'était ici qu'il fallait descendre : le passage de "I don't want to set the world on fire" des Ink Spots à la radio du conducteur. J'ai toujours aimé cette chanson.

Le temps était froid et clair. Les arbres aux troncs blancs étalaient leurs feuilles lourdes, et ça et là on pouvait voir des fils verts cahrgés d'indiquer le chemin. Le fil vert est difficile à repérer sur les arbres. Pour ce qui est de marquer un chemin, ce n'est pas aussi nul que de semer des bouts de pain, mais presque. La porte du bâtiment de briques était recouverte de mousse.

Il y avait en tout six invités, plus dix membresz réguliers de la Société. La fête, évidemment, se faisait uniquement sur invitation. On servit des oeufs frits sur des tranches de pains aux céréales et soupoudrés de morilles en cubes. Quelques invités faisaient des tours de cartes pour tuer le temps. Le six de trèfle venait d'apparaître dans le mouchoir dissimulé dans ma poche quand le co-directeur de la Société marqua le début de la réunion en frappant une grosse cloche rouillée.

Bien entendu, l'identité des personnes présentes, et la nature exacte de nos discussions, doivent demeurer secrètes jusqu'à la Journée Nationale de l'Arbre. Néanmoins je consens à produire aux autorités, pour la vérification de mon alibi, une copie des minutes de la réunion, ainsi que ces quelques faits faciles à confirmer :

1. Les Ink Spots ont effectivement enregistré une chanson appelée “I Don’t Want to Set the World on Fire,” qu'on pourrait traduire par "Je n'ai pas envie de réduire le monde en cendres."

2. Les Morilles, c'est succulent.

3. Quand on a appuyé sur la sonnette, on ne peut plus ne pas avoir appuyé sur la sonnette.

17h00 : Arrivée, Oeufs
18h00 : Appel
18h15 : Bal d'introduction et projection de diapositives
19h30 :  Rapport sur la situation actuelle
20h30 : Rapport du Trésorier
20h45 : Construction d'un alibi au cas où quelqu'un se ferait assassiner aujourd'hui
21h00 : Préparer l'Avenir : Plans de la Société concercant révolte, révolution, salon de thé, etc
21h45 : Conclusions et Plans pour la prochaine réunion
22h00 : Voudriez-vous bien nous laisser, s'il vosu plaît ?
22h30 : Sérieusement, il est tard, fichez le camp.


Si vous avez déjà vu des mafieux tenter de jeter quelqu'un à l'eau dans une chappe de béton, vous savez quel mot commun définit mon alibi.