Les lecteurs assidus de ce site le savent déjà : Daniel Handler est un adorateur fanatique de la dive bouteille. J'ai déjà eu l'occasion de vous parler de sa contribution à la science du cocktail... Sans mentionner au passage (honte à moi) qu'il a fait un peu plus que ça. Il existe en effet un cocktail nommé en son honneur : l'unique, le véritable, le désastreux "Lemony Snicket !"

Sources : ici et .

La première version du Lemony Snicket est, de son aveu, l'oeuvre de Daniel Handler lui-même et de ses amis (qui, à l'époque, possédaient un citronnier particulièrement généreux). Elle se composait d'une large quantité de citrons pressés, d'amers (infusions de plantes amères, pour les néophytes) et de rhum blanc australien. Le rhum fut choisi par contrainte car il n'y avait que ce type d'alcool à disposition ; Daniel Handler lui-même n'est pas grand amateur de rhum. Très vite, le gin s'est imposé à la place. Le sucre et les sodas originellement utilisés s'effacèrent eux aussi peu à peu.

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L'équipe de l'adaptation cinématographique des Désastreuses Aventures, d'après Handler, n'apprécia guère le coktail et le servit sous une autre recette à la soirée de fin de tournage. Longtemps, il suffisait de mélanger n'importe quelle liqueur à du jus de citron pour obtenir un Lemony Snicket ! Daniel Handler encourage ses fans à expérimenter leurs propres recettes.

De nos jours, la formule du Lemony Snicket s'est peu à peu cristallisée sous la forme que lui a donnée Ted Haigh, alias "Dr Cocktail." Cet homme, très connu dans son milieu, avait été engagé en 2003 comme graphiste par l'équipe de l'adaptation cinématographique des Désastreuses Aventures. Cette boisson a donc été conçue pour célébrer ce nouvel emploi, une occasion un peu trop heureuse à mon goût, je dois rire. La bibition fut conçue par John Greer au Orleans Grapevine Wine Bar and Bistro, en compagnie de Wes et Chuck Taggart.

ATTENTION : nos lecteurs savent évidemment que l'alcool ne se consomme qu'avec modération entre adultes consentants, mais nous nous sentons réellement contraints à réitérer nos avertissements. Ce mélange est particulièrement fort, particulièrement dur au palais et tout particulièrement susceptible de monter à la tête. Evitez à tous prix de le faire suivre d'autres types d'alcools, et évitez tout autant d'en prendre un si vous avez déjà un petit coup dans le nez.

La recette se compose comme suit :

1/8ème de Chartreuse jaune (à peu près 1cl)
1/8ème de Limoncello (à peu près 1cl)
1/8ème de jus de citron extra-frais (à peu près 1cl)
5/8ème de Gin (4 ou 5 cl)

Ces ingrédients doivent être mélangés dans un shaker à cocktails avec de la glace pilée (cinq à six glaçons), secoués vigoureusement pendant 8 à 10 secondes, puis délicatement versés dans un verre à cocktail givré, à travers une passoire à glaçons. A cela s'ajoute une cerise débarassée de sa queue qui barbote à la surface.

Le coktail se sert plutôt en digestif (c'est ce qu'on appelle un liquoreux). Sa couleur poussin ne suggère pas des lendemains de fête désastreux, mais ses effets n'ont pas de quoi faire rire... Jaune !

On remarquera ici que les ingrédients n'ont pas été choisis au hasard - le jus de citron était bien sûr inévitable (Lemony=Citronné), mais c'est particulièrement la Chartreuse qui interpellera les plus passionnés. En effet Daniel Handler (et par extension Lemony Snicket) est un grand amateur de chartreuse - il a même tourné une vidéo promotionnelle pour une réedition du premier tome où on le voit clairement consommer un verre de chartreuse.

Plus encore la chartreuse semble être ici un remplaçant spirituel à une autre liqueur, à savoir l'absinthe. C'est la boisson emblématique de la poésie au XIXème siècle, en particulier de Charles Baudelaire. L'absinthe est également célébrée en long et en large dans une autre oeuvre de Daniel Handler (The Basic Eight). La chartreuse a ici été substituée à l'absinthe, car c'est un des alcools qui s'en rapproche le plus. Elle a par ailleurs l'avantage d'être moins chère, plus facile à se procurer (l'absinthe est encore illégale dans de nombreux pays, y compris la France jusqu'en 2010, notamment à cause de Charles Baudelaire, longue histoire) et surtout moins forte.

Les puristes pourront donc subsistuer à la chartreuse de l'absinthe dans ce mélange, mais probablement en divisant la quantité par quatre histoire de ne pas tomber dans les pommes, et en rajoutant une pincée de sucre histoire de ne pas rendre le tout (littéralement) imbuvable. Prenez également garde à bien utiliser une absinthe "jaune," ssans quoi le cocktail virera au vert caca d'oie !

Il existe également d'autres versions du cocktail où on se concentre à peu près sur les mêmes proportions, la chartreuse étant cette fois-ci remplacée par un trait de sirop de canne à sucre et quinze à vingt feuilles de basilic cannelé. Cette variété de basilic contient de l'acide cinnamique, ce qui le dote d'une forte senteur de cannelle.